> [!info] Auteur : [[Laurence Allard]] [Zotero](zotero://select/library/items/HS2UEMHI) [attachment](<file:///C:/Users/kevin/Zotero/storage/M967LNLM/Allard%20-%202024%20-%20D%C3%A9coloniser%20l%E2%80%99%C3%A9cologie%20du%20num%C3%A9rique.pdf>) Source: https://shs.cairn.info/les-temps-qui-restent-2024-3-page-179 Connexion : # Annotations > [!information] Page 180 > Ce sont ces voix/voies critiques d’un numérique « zombie » – comme le désigne le physicien José Halloy (2020) –, c’est-à-dire un système socio-technique proliférant mais mortifère, qui peupleront cet article.[](zotero://open-pdf/library/items/M967LNLM?page=3&annotation=ZZE8WQ2X) > > > --- > #Note/Numérique > ^ZZE8WQ2XaM967LNLMp3 > [!approfondir] Page 180 > Il s’agit ensuite de visibiliser les potentialités d’ensobrement (au sens de la mise en place d’une démarche de sobriété) qu’ouvrent les mouvements de réparation et de surcyclage portés par des collectifs pluriels que l’on peut désigner comme les nouveaux « diggers de l’anthropocène » .[](zotero://open-pdf/library/items/M967LNLM?page=3&annotation=GGF59TNP) > > > --- > #Note/Recyclage #Note/Sobriété #Note/Frugalité > ^GGF59TNPaM967LNLMp3 > [!accord] Page 184 > Selon [[David Maenda Kithoko]], co-fondateur de l’association écologiste décoloniale « [[Génération Lumière]] », chaque jour, des enfants sont exploités, des milliers de femmes violées – simplement pour que soient produites plus de voitures électriques ou de smartphones... Suivant les derniers chi fres communiqués par l’association [[Génération Lumière]], plus de 40 000 enfants travailleraient dans les mines du sud de la République Démocratique du Congo . Cette voie militante écologiste décoloniale dans le domaine du numérique fait référence aux travaux de [[Malcom Ferdinand]] (2019) qui, en reliant écologie et esclavage, a comblé la double fracture de la modernité désarticulant le fait colonial des écocides. Cette réarticulation de la colonialité et de l’écologie rend possible de repenser l’interdépendance entre l’extractivisme monopolisant les ressources et le colonialisme violentant les êtres humains.[](zotero://open-pdf/library/items/M967LNLM?page=7&annotation=IMBDZ6GV) > > > --- > #Note/Colonialité #Note/Extractivisme #Note/Congo > ^IMBDZ6GVaM967LNLMp7 > [!accord] Page 185 > Ce n’était pas immédiat et ça me gênait beaucoup parce que je me disais en fait : mon histoire est où là-dedans ? J’ai pu faire le lien en faisant des recherches personnelles sur la guerre au Congo et la question environnementale. Le lien le plus évident, c’était le téléphone portable et je pouvais enfin faire le lien entre la région des Grands Lacs, mon parcours de vie et être ici en France. Le portable, tout le monde l’a dans sa vie, tout le monde a un bout de mon histoire dans cet objet. À cette époque déjà, l’extrême-droite s’acharnait sur les réfugiés, alors que moi je n’avais pas l’impression d’envahir un pays. En écoutant cette représentante de l’extrême-droite qui parlait, je me suis dit : « en fait, elle a un bout de mon histoire dans sa poche, à travers son écran, mais elle m’accuse d’envahir. » C’est devenu ainsi une lutte personnelle.[](zotero://open-pdf/library/items/M967LNLM?page=8&annotation=HBZKCVCE) > > > --- > #Note/Colonialité #Note/Réfugié #Note/ExtrêmeDroite #Note/Congo #Note/Numérique > ^HBZKCVCEaM967LNLMp8 > [!approfondir] Page 185 > Cette perspective de la colonialité du capitalisme numérique est présente dans le travail de Nick Couldry et Ulises A. Mejias (2019), dans leur ouvrage The Costs of Connection. How Data Is Colonizing Human Life and Appropriating It for Capitalism qui intègre le « colonialisme numérique » dans l’histoire même du capitalisme : « Le colonialisme peut sembler une chose du passé, mais ce livre montre que l’appropriation historique des terres, des corps et des ressources naturelles se reflète aujourd’hui dans cette nouvelle ère de datafication omniprésente . »[](zotero://open-pdf/library/items/M967LNLM?page=8&annotation=HNMPEMJG) > > > --- > #Note/Extractivisme #Note/Colonialisme #Note/Numérique > ^HNMPEMJGaM967LNLMp8 > [!accord] Page 186 > De telles luttes, à la fois singulières et communes sur les plans conjoints du terrestre et du planétaire ([[Bruno Latour|Latour]], 2007), mettent à leur façon en chantier la pensée des « trois écologies » de [[Félix Guattari|Felix Guattari]] (1989) associant l’écologie mentale, sociale et environnementale : « Les perturbations écologiques de l’environnement ne sont que la partie visible d’un mal plus profond et plus considérable, relatif aux façons de vivre et d’être en société sur cette planète. L’écologie environnementale devrait être pensée d’un seul tenant avec l’écologie sociale et l’écologie mentale, à travers une écosophie de caractère éthico-politique. Il ne s’agit pas d’unifier arbitrairement sous une idéologie de rechange des domaines foncièrement hétérogènes, mais de faire s’étayer les unes les autres des pratiques innovatrices de recomposition des subjectivités individuelles et collectives, au sein de nouveaux contextes technico-scientifiques et des nouvelles coordonnées géopolitiques. »[](zotero://open-pdf/library/items/M967LNLM?page=9&annotation=GM9ZPCZM) > > > --- > #Note/ÉcologiePolitique #Note/Numérique > ^GM9ZPCZMaM967LNLMp9 > [!accord] Page 187 > Suivant l’approche de « soutenabilité forte » déployée par le physicien José Halloy en termes de mise en phase des systèmes techniques avec les conditions bio-géo-physiques de la vie terrestre, il apparaît que le numérique relève d’une « technologie zombie, à la fois morte à l’aune de la durabilité et envahissant frénétiquement le monde au détriment des humain·es et de la biosphère » (Halloy, 2019). Ce premier constat peut être également associé à une caractérisation du numérique comme un de ces « communs négatifs » dont parle [[Alexandre Monnin]] : « des ruines “ruineuses” constituées par les réalités techniques, managériales, économiques dont nous héritons, car une part toujours croissante de la population mondiale leur est liée à court terme, alors même que leur fonctionnement constitue le plus grand péril qui soit pour l’habitabilité de la planète à moyen terme ». (Monnin, 2023 : 39)[](zotero://open-pdf/library/items/M967LNLM?page=10&annotation=5Y8I7SE8) > > > --- > #Note/Numérique #Note/Infrastructure #Note/CommunsNégatifs #Note/TechnologieZombie > ^5Y8I7SE8aM967LNLMp10 > [!approfondir] Page 188 > Cette dimension de l’enquête sur les pratiques de connexions propre aux politiques du renoncement, du fait de la réflexivité individuelle et collective qu’elles engagent, la distingue des injonctions hyper-individualistes et paradoxalement hyper-instrumentées à la « digital detox » ou à la « déconnexion digitale ». Comme l’exprime Magdalena Kania-Lundholm, « l’idée sous-jacente est que dans ces usages de déconnexion, il y a une reconnexion à quelque chose d’autre – une forme d’authenticité, du temps, du soin, soi-même, ses proches, la nature, etc. ; en bref, un type de récit très investi par les études de déconnexion » (Kania-Lundholm, 2021).[](zotero://open-pdf/library/items/M967LNLM?page=11&annotation=UX3HBABC) > > > --- > #Note/Care #Note/Numérique #Note/Relation > ^UX3HBABCaM967LNLMp11 > [!information] Page 192 > Ainsi, selon le rapport de l’OMS (2021) intitulé « Les enfants et les décharges de déchets électroniques », « pas moins de 12,9 millions de femmes travaillent dans le secteur informel des déchets, ce qui les expose potentiellement à des déchets électroniques toxiques et les met en danger, elles et leurs enfants à naître. Parallèlement, plus de 18 millions d’enfants et d’adolescents, dont certains n’ont pas plus de 5 ans, font partie de la main-d’œuvre active du secteur industriel informel, dont le traitement des déchets est un sous-secteur. »[](zotero://open-pdf/library/items/M967LNLM?page=15&annotation=MNDB3QJ5) > > > --- > #Note/Santé #Note/Pollution #Note/Recyclage > ^MNDB3QJ5aM967LNLMp15 > [!information] Page 193 > Dans des ateliers menés, au cours des années 2020-2023, dans di férents contextes (repair café, fablabs, salles de cinéma), j’ai pu accompagner des collectifs engagés dans le mouvement naissant de l’urban digging. En référence aux premiers « bêcheux » luttant contre les enclosures et pionniers du mouvement des communs s’opposant à l’appropriation privée des prés communaux au cours du XVIIe siècle (Hill, 1977), ainsi qu’aux artistes militants pour la culture libre dans le San Francisco des années 1966-1969 (Gaillard A, 2009), celles et ceux que j’aime à nommer les diggers de l’Anthropocène, en reconfigurant des communs négatifs extraits avec ingéniosité des mines urbaines domestiques du XXIe siècle, développent une pratique du numérique à partir du « déjà là », loin de l’injonction au « toujours nouveau » des zélotes de l’innovation technologique.[](zotero://open-pdf/library/items/M967LNLM?page=16&annotation=4JIZ3AFT) > > > --- > #Note/Enclosure #Note/CommunsNégatifs > ^4JIZ3AFTaM967LNLMp16 > [!accord] Page 196 > Il faut cependant ne pas abandonner toutes les promesses de l’expressivité sociale portées par le numérique, afin précisément d’éviter une autre sorte de néo-colonialisme numérique à l’envers : il existe des pays et des peuples pour lesquels le pouvoir-dire par l’intermédiaire de ces technologies de communication rend possible parfois d’informer dans des contextes non démocratiques, de mobiliser et solidariser à l’échelle transnationale, avec et sans la machinerie infernale des algorithmes. La « puissance populaire » des métamédia (Citton, 2022) peut aussi congédier l’impuissance coincée dans la toile du capitalisme numérique. In fine, la voie des communs numériques, qui suppose d’autres liaisons numériques via des archipels de connexion, reste importante à maintenir car elle suppose une certaine appropriation technique et créative de technologies au devenir convivial.[](zotero://open-pdf/library/items/M967LNLM?page=19&annotation=8M7TPYGY) > > > --- > #Note/Démocratie #Note/Média #Note/Numérique #Note/Lutte > ^8M7TPYGYaM967LNLMp19